Arnaud Desjardins, de l’Inde au Québec

Ancien réalisateur à la télévision française, Arnaud Desjardins fut l’auteur de plusieurs films sur les spiritualités vivantes d’Orient. À l’occasion de ces tournages, il rencontre de nombreux sages en Asie, dont les plus grands maîtres de l’hindouisme, du soufisme, du bouddhisme zen et du bouddhisme tibétain.

Marqué au plus profond de l’être par le regard de la sainte bengalie, Mâ Ananda Mayi, c’est auprès d’un maître indien, alors inconnu du grand public, qu’il décide de s’engager. Loin des foules et du système des castes, Swâmi Prajnânpad transmet un enseignement méthodique, à la fois enraciné dans la sagesse millénaire du Vedanta et parfaitement intemporel — accessible à l’homme ou à la femme contemporains — et qui ne suppose aucune forme d’adhésion à un dogme ou à un système de croyances religieuses.

L’enseignement qu’Arnaud reçoit éclaire désormais toutes les vicissitudes de sa vie quotidienne, aussi bien professionnelles, amoureuses que familiales. Son aspiration spirituelle se manifestera par une pratique assidue et concrète donnant tout son sens à l’aventure humaine. Il en sera radicalement transformé.

Sur la suggestion de Swâmi Prajnânpad, Arnaud Desjardins témoignera à son tour de l’enseignement en prenant lui-même en charge des élèves qui font appel à lui et en publiant des livres qui toucheront de nombreux lecteurs. Il fondera alors un premier ashram en France qui, par la suite, s’implantera en Ardèche sous le nom de Hauteville.

Arnaud Desjardins accepte une première invitation de ses lecteurs québécois en 1982. Il reviendra ainsi chaque année animer des retraites, au début pour une poignée de lecteurs cherchant à le rencontrer, puis pour un nombre croissant d’élèves québécois. Sur leur demande, il accompagne la création d’un ashram au Québec dont il confie la direction à Éric Edelmann. Depuis lors et jusqu’à la fin, il aura honoré ce rendez-vous annuel avec ses élèves québécois, revenant chaque automne en son ashram de Mangalam qui deviendra, avec les années, sa deuxième résidence. Les réponses qu’il a données dans le cadre de ces retraites à Mangalam fourniront d’ailleurs matière à deux ouvrages : Arnaud Desjardins au Québec (publié en France sous le titre Retour à l’essentiel) et La Paix toujours présente, son tout dernier livre.

Il décède en août 2011 à l’âge de quatre-vingt-six ans, après avoir incarné et transmis l’enseignement pendant plus de trente-cinq ans.

Longtemps avant son décès, il avait confié cette fonction de transmission à quelques-uns de ses plus proches collaborateurs, qu’il avait lui-même choisis et formés aussi bien à Hauteville qu’à Mangalam.

Swâmi Prajnânpad, le maître spirituel d’Arnaud Desjardins

Vivant retiré dans un petit ashram du Bengale, sous une hutte au toit de chaume, sans eau ni électricité, Swâmi Prajnânpad était aussi un érudit. Féru des grandes écritures sacrées de l’Inde traditionnelle autant que de science et de littérature occidentales, il avait étudié Freud, lu Shakespeare et même Victor Hugo. Autrefois engagé politiquement aux côtés de Nehru dans le mouvement pour l’Indépendance de l’Inde, alors professeur de sciences physiques à l’Université, celui que ses élèves appelaient affectueusement Swâmiji était doté d’un esprit scientifique aussi brillant que critique, n’acceptant rien comme vrai qui ne puisse être vérifié par sa propre expérience. Il remet par exemple en question l’idée même du renoncement véhiculée par la tradition : la spiritualité n’est pas séparée de la vie elle-même, elle est la capacité à se sentir intensément vivant en goûtant, avec une lucidité accrue, toutes les facettes de l’expérience humaine.

La voie de l’Adhyatma Yoga (Yoga vers le Soi) que propose Swâmi Prajnânpad s’inscrit dans la tradition de l’Advaita Vedanta. Mais, conscient des pièges et dégâts de tout idéalisme spirituel, il ramènera sans cesse ses élèves à une pratique réaliste qui prenne appui sur leur propre vérité du moment, faite de désirs, de peurs, de contradictions intérieures et de conditionnements inconscients. De façon tout à fait originale dans le contexte spirituel indien, il prend en compte les difficultés bien concrètes de l’existence de ses disciples de même que la spécificité de la mentalité occidentale.

Un disciple indien, Arnaud et Swâmi Prajnânpad

Arnaud Desjardins

Mâ Ananda Mayi

Swâmi Prajnânpad